Le vent doux, l’angélique, le nomade

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Je ne sais pas exactement qui lira cet article, maintenant que la Messe des Pâquerettes est en hibernation depuis à peu près un an et demi. Mais bon, allons-y.

Ces jours pluvieux de juin, que je passe à marcher dans les champs de hautes herbes, à me faufiler entre les tiges trempées d’angélique sauvage et de digitales roses m’ont donné envie de revenir caqueter par ici. Je n’avais plus envie de raconter quoi que ce soit, plus le temps ni même la patience. Et pourtant, il y avait pas mal de choses à raconter. Ma vie a beaucoup changé, mon état d’esprit, mes intérêts aussi. Bref, je n’ai pas envie de m’étaler là-dessus, mais retenez que je suis heureux et épanoui.

J’écris ici car comme je l’ai toujours fait, j’ai besoin de mettre à plat les avancées de ma quête. Les expériences, les gnoses, les intuitions continuent d’affluer en moi et me remplissent. Aujourd’hui je les écoute plus qu’avant et j’ai encore plus libéré ce que je peux difficilement encore appeler ma « pratique ». Je ne fabrique plus autant d’encens ou de recettes magiques, ni d’objets (que je n’utilisais pas vraiment), et je fais moins de rituels surtout. De un parce que je ne vis plus seul et que sorcellerie et colocation font rarement bon ménage, et parce que je suis tout simplement moins amené à en faire.

Le dernier a fini en une sorte de délire masochiste à coup de cire fondue sur le corps dans un cercle de craie et a laissé quelques marques sur le parquet du salon. Et bien que je souhaite en faire plus souvent, je me rends compte que ma pratique personnelle et solitaire ne va plus vers cela. Je suis plus économe, plus ponctué. Je dirais aussi qu’une pratique solitaire ne me convient plus dans le sens où le statut de « sorcière »comme j’aime le revendiquer ne s’applique je pense qu’au regard d’un communauté. Tu comprends, c’est un peu baisé au bout d’un moment de faire des sorts shitty pour soi-même, pour tout et rien, au lieu de s’impliquer un peu dans son entourage et guérir tes amis.

Je me sens plus que jamais sorcière cela dit, sale sorcière, queer et furieuse. Je parle aux plantes, je lis les lignes de la main quand je suis saoul, je tire le tarot aux copains à l’apéro, je chante pour les rivières et les vents, je concocte des baumes cicatrisants et des huiles d’amour pour les gens qui m’en demandent, j’ensorcelle mes amants, j’écoute mon intuition, je parle aux esprits quand je les croise et je tente de répandre un peu de magie dans mon travail… Disons que j’ai gagné en hargne et en engagement, et aussi je me sens plus nomade, je largue les amarres, je marche sur une dune de sable qui déjà s’échappe sous mes pas. Si j’essayais de définir des bases avec tout mon bric à brac, à chercher un semblant de pierres dures auxquelles m’accrocher, maintenant tout ceci s’envole en fumée.

J’ai enfin accepté que tout est changeant, tout bouge et danse. Je crois en l’inconstance, et en l’immensité. Et je ressens plus que tout cet amor fati, ce vent rouge et chaud qui vient parfois souffler à ma fenêtre, et appeler mon cœur d’une voix douce comme la figue, pour me parler des choses qui arrivent, ou que j’attends. Tout ça est encore un peu confus.

Aujourd’hui, j’ai rendu rituellement à la terre un bon nombre de choses du passé, vieilles plantes, os, grigri, ingrédients, en appelant les puissants esprits de la Haie à les absorber et disperser les énergies poussiéreuses. En échange, ils voulaient de la viande en offrande. Soit. Je veux me débarrasser de toutes ces énergies que j’ai laissé trainer partout, dans tout ce bazar, tous ces objets, ces amulettes … Si je dois refaire certaines choses, je les ferai mieux.

Je ne peux pas vous dire que je vais de nouveau poster régulièrement ici, et je m’excuse si ce post était très confus, mais ça sortait un peu tout seul et pas dans l’ordre.

 

Demain je m’habillerai de cendres à l’aube
Me remplirai la bouche de fleurs
Dans la simple mémoire d’un mur
j’apprendrai à dormir
dans la respiration
d’un animal qui rêve.

Alejandra Pizarnik

Ombres du jour à venir
à Ivonne A. Bordelois 

 

Bisous

sinon j’ai Instagram pharamique

Photographie de Crystal Cinema, performance de Marina Abramovic, 1990

 

 

 

 

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A la ville

Comme les gens le savent, tant je l’ai rabâché, j’ai quitté ma petite campagne bretonne , ma petite ville au centre de la forêt pour la ville. Je vis au cœur de la ville ancienne, entouré de pierres blanches, de vieilles rues tordues, et la Loire coule à une rue de chez moi.
Avant j’étais appelé par la forêt, lorsque je la voyais du haut des collines. Je cueillais des plantes magiques en murmurant des mots doux, j’allais parler aux grands chênes pour qu’ils me transmettent de bons conseils. Je faisais de grosses offrandes. Je tentais de chercher ma place parmi la nature, en écoutant ses magnifiques préceptes.
A présent, les choses ont changé. Le changement d’environnement y a bien sûr grandement participé, mais je pense surtout que c’est une évolution personnelle, la suite de mon cheminement.

Je ne suis plus entouré de nature. En tout cas pas directement. Les contacts avec mes plantes adorées sont appauvris, je suis un peu moins à l’écoute des éléments naturels, ou bien le fait d’être en ville fait que je les ressens moins bien. Je continue de suivre le vent, d’entretenir une relation ambiguë avec la Loire, mais clairement, le fait d’être coupé des champs, de la forêt a été sacrément conséquent. Disons que j’ai le sentiment de ne plus avoir à portée de main pas mal d’alliés précieux. Ils sont toujours là, il n’y a pas de rupture, c’est juste que concrètement, c’est compliqué ( je fais quand même des petites virées forêt de Sologne quand j’ai besoin de respirer avec des amis, et je me sens le bienvenu).

Et malgré tout je ne me sens pas malheureux. J’ai un peu évolué, je me suis débarrassé de pas mal de choses qui désormais ne me servent plus. J’ai compris que l’image du gros rituel plein de bougies et de révérences était surtout un fantasme pour moi. Je ne dis pas que je n’en referais pas, mais à ce jour, je n’en vois pas l’utilité dans ma pratique. J’ai simplifié ma pratique en fait quand j’y pense, et je ne me mets plus de pression par rapport à ça.
De vieux rites restent : le cigare à ma fenêtre le soir pour les esprits de la Nuit, les fumigations, je continue de me tondre les cheveux en offrande à certaines pleines lunes, à laisser un verre d’alcool aux esprits, les claques dans la figure à chaque nouvelle Lune (et Pleine Lune maintenant, pour pas perdre le rythme) …
Et de nouveaux sont arrivés : l’amitié naissante avec les petites araignées vivant dans mes poutres, les promenades nocturnes en bord de Loire, mes petits graffitis de symbole magiques, les samedis matin aux puces (la mine d’or des sorciers, en vrai !) …

Si la ville m’a coupé de mes alliés de la campagne, elle m’a également poussé à creuser ailleurs. Je cherche désormais ma place parmi les hommes. Je suis davantage  intéressé par les autres, les fonctionnements sociaux, les relations humaines, et comment moi je veux me placer dans tout ça. Mon sombre cœur de sorcière se repaît des émotions qui m’entourent (je suis encore plus éponge qu’avant), et mes yeux de crapaud se délectent des moindres détails des échanges verbaux, physiques, émotionnels de mon entourage. Et c’est fascinant. En disant ça j’ai l’impression de découvrir le monde comme un homme sauvage, mais c’est que j’y fais maintenant plus attention, puisque je veux m’y impliquer plus hardement. Toute l’école a pigé que j’étais la sorcière, et j’ai eu le bonheur de découvrir quelques petits sorciérons si chouettes autour de moi !
Alors comme je l’avais tant souhaité autrefois, je mets ma magie au service des autres : je lis pour eux dans l’encre ou les couleurs, je leur prépare des tisanes chargées de magie, j’ensorcelle la bouffe, et je discute sur l’amour et la nourriture, parce que ce sont les deux meilleurs sujets de conversation qui soient.

Mon changement d’environnement a clairement redéfini ma manière de pratiquer et mes intérêts, mais ça s’inscrit dans une évolution personnelle en fait. Je pense sans me tromper que tout ça est arrivé au bon moment, puisque je mène maintenant la vie palpitante dont j’ai rêvé !

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And on wednesday I wear black.

Nuno

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Ces éternels contrastes par Loü
Une sorcière et des moldus par Lyra
Sorcière des Villes, Sorcière des Champs, par Rhi Peann
La maison à l’angle avec trois chats, par Brume Follet
« Ici commence le court bonheur de ma vie », par Yume

La vision de Petit Merle

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Je retourne voir mon petit Merle de temps en temps. J’ai enterré son corps près d’une haie du lieu où je pratique, avec une libation de lait miellé et de farine et quelques champs. Quand je l’ai laissé la première fois, il était perdu, apeuré, voire en colère. Je sentais toute cette foule d’émotions m’envahir, comme si c’est moi qui les ressentais. J’ai fais tout mon possible pour l’apaiser, en lui offrant de bonnes offrandes, lui parlant doucement …

Je cours le soir, et je reviens souvent auprès de sa sépulture, et hier, je lui ai parlé, je voulais savoir si son esprit était parti ou encore là, et il était finalement toujours là ! Mais tellement différent, il était apaisé et surtout changé. Je lui ai demandé conseil, après une journée éprouvante. Il m’a donné une sorte de vision:

Je l’ai vu s’approcher de moi, noir, avec sa paupière et son bec doré. Il s’est posé sur mes mains ouverte et a commencé à picoré, nerveusement. Il s’est mis à me pincer plus fort, jusqu’à déchiqueter la peau de mes paumes. Je n’avais pas vraiment mal, mais j’étais surpris de ce comportement. Puis du creux de mes paumes ouvertes et ensanglantées, il a tiré avec son bec de longs fils blancs et lumineux, comme des filaments, pour les emmener jusqu’au ciel.

 

Vivre son paganisme

Article en réponse à l’initiative lancée par Morganna Viviane Valiëra sur News et liens païens :

« Bonjour tout le monde, j’aimerais vous proposer un petit quelque chose.
Si vous faisiez un article sur comment vous vivez votre paganisme ? (je ne sais pas si ce mot convient mais j’en ai pas d’autre), partager comment vous le vivez au quotidien, si vous le vivez au grand jour ou si au contraire vous préférez garder ça secret. Qu’en pensez-vous ? »

D’emblée, je dirais, oui, je le vis bien !

Païen est un mot que je n’utilise pas vraiment à la base pour me désigner. Il est venu très tard sur ma route, après perché, sorcier, animiste … C’est un mot trop flou, donc je l’utilise vraiment pour globaliser, et éviter de rentrer dans les détails avec certaines personnes. Mais bref, je ne vais pas jouer sur les mots !

Je n’ai pas eu à sortir du placard pour ça, vis à vis de ma famille. Progressivement, j’ai acheté de plus en plus de livres ésotériques, sur les créatures fantastiques, de bougies … Découvrir que j’étais païen a plus été un renforcement de ce que j’étais déjà, un ado un peu barré et timide, fan de heroic fantasy et de Tim Burton, qui adorait les vieilles choses. Je me suis mis à bruler de l’encens et des plantes (ma mère a cru que je me mettais à la weed), des bougies (ma mère a eu peur que je mette le feu à la maison). Donc c’est venu petit à petit, ma famille proche s’y est habitué. Maintenant ma mère demande parfois des grigris ou des plantes pour dormir. Ma sœur, elle, est une magicienne qui s’ignore, avec un potentiel tellement incroyable que Merlin en serait jaloux. Elle me parle de voyages astraux, de ses animaux guides … Donc dans ma famille proche, tout va très bien, bien que je sente que ma mère s’inquiète parfois pour moi, pas que je sois fou ou quelque chose comme ça, mais que je perde le contrôle de ce que je fais et que je perde trop le sens de la réalité. Elle sait assez bien m’y ramener, sur terre.

Les autres membres de ma famille le savent plus où moins, sans m’avoir posé la question. Ils savent que j’aime les runes, les légendes, les sorcières et la magie, mais ne le prennent pas au sérieux. A vrai dire, cela m’importe peu, qu’on me prenne au sérieux ou pas, que les gens arborent un petit sourire quand je leur dit que je crois en la magie. Je ne leur demande rien. Les autres membres de ma famille me considèrent comme un passionné de phytothérapie un peu fantaisiste, et je pense que ça leur convient, ils ne veulent pas chercher plus loin.

Les amis. Une fois je les ai rassemblés dans la cour du lycée, et je leur ai dit : « Bon voilà, je voulais vous dire que je suis sorcier, enfin païen, genre animiste et tout … » J’étais un peu confus. Ils m’ont regardé et m’ont répondu : « Mais ça on le savait déjà Erwan ». Une de mes meilleurs amis est une athée farouchement bornée, mais nous respectons tous les deux nos croyances (croire en rien, c’est déjà croire en quelque chose !) et au contraire nous nous complétons plutôt bien ! Les autres l’apprennent d’une manière ou d’une autre, on assiste même parfois à des : »Je suis une witch. – Hiiiiii, mais moi aussi !!! »

A une époque, au début, j’étais un païen chiant. Du genre à voir de la magie partout, à toujours essayer de s’imposer par ses croyances, à crier partout que j’étais païen, à toujours tout rapporter à ça. Je me soigne. Et je me tais quand il faut. On vient rarement me poser la question, ou m’en parler. En général, je ne parle de ma spiritualité et de mes véritables recherches qu’avec des amis sorciers et païens, et encore, je ne leur raconte pas tout.

Voilà pour ce qui est du placard à balai. Ensuite, vivre son paganisme, sa spiritualité … au quotidien. Il y a des périodes où je suis très actif, où je fais presque 5 célébrations en une semaine et d’autres où je ne touche pas à mon autel pendant des mois. Ca dépend de moi tout ça, de ma capacité à m’ouvrir, et me fermer quand trop de choses me tombent dessus d’un coup. Ma pratique est hélas celle que je sacrifie en premier quand je n’ai pas le temps. Ca frustre parfois les esprits avec qui je travaille, mais je ne veux pas faire le choix de tout quitter et de finir sorcière du fond de la forêt. Je ne suis pas que ça. Enfin je veux dire, on est tellement de choses en une personne, il y a tant d’identités à faire vivre en soi. Je suis sorcier artiste pédé phytothérapeute perdu selkie fils frère cousin ami archéologue geek historien de l’art sea witch fashion victim baba cool gothique narcisse… Vous m’avez compris. Le païen doit se faire une place, et il s’est fait une place énorme en moi. Il n’y a pas un jour où je n’ai pas conscience de la magie, des esprits qui m’entourent, où je ne rêvasse à des ensorcellements. Mais d’autres tendances sont là, et essayent de ne pas être englouties par ma spiritualité imposante.

Mais finalement, de loin et de l’extérieur, j’ai juste l’air d’un étudiant habillé bizarrement, qui parle fort quand il est avec ses amis, qui devient timide quand un inconnu lui parle, qui bouffe à McDo et qui lit des Oops et des Closer pour se détendre (j’assume un peu). C’est à l’intérieur que ça se passe, et c’est quand je veux que ça sort.

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Ô Calypso aux belles boucles

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Hier soir, j’ai dressé un autel pour Calypso aux belle boucles, nymphe amoureuse sur son île merveilleuse. J’ai pris un peu d’eau de mer dans une fiole, en la remerciant. J’ai réuni de beaux coquillages, comme Calypso est marine, de belle roses, des fleurs de merisier. J’ai allumé les chandelles, j’ai chanté. J’ai appelé à moi la belle déesse, inspiré par le passage où elle apparait dans l’Odyssée (chant V). J’ai lu et relu cet épisode avant le rituel, pour m’imprégner. Ce moment où Hermès arrive sur l’île lointaine de la nymphe, où elle retient Ulysse prisonnier de son amour. Contrainte de laisser le héros partir, elle se résigne à la parole des Dieux Bienheureux.

J’ai fait bruler du thuya sec, comme Calypso en brule dans son foyer avec du bois de cèdre, embaumant son île entière. J’ai imploré la déesse de m’aider à faire un choix difficile, de me montrer la meilleure solution. J’ai recouvert mon corps entier d’eau de mer en priant, en me demandant par quel moyen la déesse m’enverrai une réponse. J’ai pensé au rêve, et je me suis donc couché. Mais le sommeil n’est pas venu, à minuit, je ne dormais pas. J’ai pris l’Odyssée, pour relire le chant V, et essayer de m’endormir sur l’image de l’île fleurie et formidable de Calypso. Et finalement mes yeux ont buté sur une seule phrase (que j’avais déjà lu une heure avant, sans y prendre garde), une phrase qui s’est imposé dans mon cœur et qui allait définir mon choix final. Ainsi Calypso a répondu à ma question.

Mon jeu de divination

Voilà plusieurs fois que je parle de cet « oracle » (ici et ici). Oracle, c’est le mot que j’ai trouvé pour en parler, mais c’est un peu vague. Plus clairement, c’est mon outil de divination personnel, quasiment le seul pour l’instant (la chiromancie, c’est plus pour rigoler vu mon niveau). Il s’agit d’une nappe sur laquelle je jette des petits objets, os, pierres, morceaux de bois, pièces … La disposition des objets éparpillés sur la nappe permet de voir les choses telles qu’elles sont, d’y voir plus clair sur la situation.

Cela ne prédis pas vraiment l’avenir, ça parle plutôt du présent, de l’état actuel des choses et comment les choses pourraient évoluer. C’est un jeu très aléatoire, et absolument pas fixe, la signification des objets change selon les cas, et les ressentis.

Comment ça marche ?

Mon oracle est composé de 23 petits objets (chiffre aléatoire). Chacun de ces objets sont liés à des souvenirs, des émotions, des symboles, des choses que j’ai moi-même vécu. J’ai par exemple un quartz sombre ramassé à Saint-Malo lors d’une période très dure, qui symbolise maintenant l’épreuve. J’ai un fossile de coquillage, qui symbolise l’héritage, la lignée … Tous ces objets ont donc une signification très personnelle, une symbolique plus ou moins étendue selon les cas. Ces objets ont une valeur très sentimentale, et depuis que j’ai consacré mon jeu, ils semblent me parler. Après avoir été consacré, mon oracle a semblé prendre vie, avoir une résonance dans l’Autre-Monde. Il me donne désormais des images, m’inspire certains gestes pour le tirage (d’où l’importance de la consécration). C’est pourquoi certains objets ont une signification très étendue et très variable.

Il faut un certain temps pour réunir assez d’objets, mais je pense que ce genre de jeu n’est jamais vraiment complet. J’avais tenté de le « réformer » un peu, de faire une sorte de classement, et j’ai à peu près réussi à avoir une globalité dans les signification des objets, mais il manque encore quelques pièces.

Ce genre d’oracle est différent pour chaque personne qui en fabrique, et donc très personnel. Une autre personne aurait du mal à lire dans mon jeu, et j’aurais du mal à lire dans le jeu d’un autre. C’est ce qui fait que le lien est très fort.

Et puis il y a la nappe. Je l’ai cousu sur du lin noir, puis baigné dans une infusion d’armoise et d’eau lunaire. Elle est divisée en 5 parties :

  • Ouest : Ce qui te fait obstacle, ce qui te bloque
  • Est : Ce qui te porte, ce dont tu peux tirer parti
  • Sud : Ce qui est du passé et qui agit sur le présent
  • Nord : Sur quoi pourrait déboucher le présent
  • Centre : Le présent, toi, ton état d’esprit, ta position.

La Nappe

C’est une division très sommaire. D’ailleurs je réfléchis à en recréer une nouvelle, plus précise. Les objets tombent de mes mains et s’éparpillent sur la nappe. Leur position par rapport à la nappe et aux autres objets permet de mettre à plat la situation. Les significations parlent d’elles-même, mais il arrive que d’autres choses arrivent dans ma tête, envoyées par mon oracle ou la divinité à qui je l’ai dédié. Cela aide à débloquer certains problèmes d’interprétations.

Il arrive que beaucoup d’objets soient regroupés à un endroit et tous se touchent et correspondent. C’est ce que j’appelle un nœud. La lecture est alors plus complexe, car toutes ces choses sont reliées.

Voilà donc comment je pratique la divination ! En jetant des bouts d’ossements et des cailloux 🙂 Un peu à la Tia Dalma, mais c’est surtout Juniper, de Walking the Hedge qui m’avait beaucoup inspiré à l’époque. Son jeu est très fourni et vraiment passionnant (voir la rubrique Bones & Sticks) !

Les cartons sont posés.

Et bien ça y est. En salopette et turban, j’ai fait mon petit déménagement vers WordPress. Vous retrouverez certains articles de l’ancien blog, et j’en ajouterai sûrement quelques autres, que j’aurai modifié en cours de route, avant que je ne supprime mon compte d’Overblog. Je vais encore arranger deux-trois choses sur ce nouveau blog, mais le voila, en chair et en os ( si je puis dire ). Je tenais à ne pas repartir de zéro, parce que je suis très attaché à la Messe des Pâquerettes ainsi qu’à tout ce que j’ai pu écrire dessus, c’est pourquoi il garde le même nom et que certains articles subsistent.

Je vois ce déménagement comme un petit renouveau, et je tâcherais de me tenir à quelques petites bonnes résolutions, comme écrire des articles plus complets, poster des images plus belles, clarifier mes textes … Et puis maintenant que je peux faire des mosaïques d’images, c’est clair que ma vie va radicalement changer ^^

 

En espérant que ma Messe vous plaira toujours comme ça :3

 

Nuno.

De pierres, d’os et de morceaux – 02/09/12

J‘avais déjà vaguement parlé de mon Oracle. Et bien ça se peaufine, lentement mais sûrement ! Mon Oracle est devenu un des outils que j’utilise le plus dans ma pratique. J’ai appris à mieux le comprendre, à laisser vagabonder mon esprit sur les petites pièces qui dans leurs chutes me montre les choses telles qu’elles sont, on m’a également transmis la procédure du rite. Disons que j’ai élevé l’utilisation de mon Oracle. Je m’explique :

Avant, je jetais les os et les pierres sur l’étoffe, un peu maladroitement, le soir avant de dormir quand une chose me taraudait. C’était un tirage un peu secret, clandestin, pas franc en fait. J’étais pressé, je voulais savoir, découvrir des secret sur ce que l’avenir allait m’offrir. Bon, pour faire simple, je l’utilisais comme un petit apprenti goulu suceur  de connaissance qui vient lire le grimoire ancestral de son maître en douce et qui en se pressant n’apprend finalement rien. Rien que ça.

Une fois que je l’utilisais avec Mayi sur un petit lac, une chose s’est produite : tout s’est éparpillé violemment, brisant un des objets. Nous avons ressenti un danger, une présence néfaste qui tentait de s’immiscer.  Ce devait être un mauvais esprit qui passait par là. Mayi m’a alors expliqué qu’il fallait que je consacre mon Oracle, de façon à l’ancrer dans l’Univers et le protéger des parasites comme celui que nous venions de rencontrer. J’ai appris une chose importante ce jour là : le réel pouvoir de la consécration ainsi que son utilité ( auparavant, consacrer mes outils m’avait toujours profondément ennuyé, comme une corvée ). Consacrer un objet, c’est mettre une partie de soi en lui, c’est l’inscrire dans sa pratique comme une personne dans un groupe et donc l’assumer, le présenter aux yeux du Monde.

J‘ai alors pris conscience que je bafouais mon Oracle, que je l’utilisais à la va-vite et avec la négligence qui me caractérise parfois si bien. Je devais consacrer mon Oracle et le consacrer au nom d’un Dieu.

Et puis un jour, le 15 juin, il y a eu cette éclipse de lune. Elle était Pleine et sous le signe de la Déesse qui allait devenir la gardienne de mon Oracle. The Crone, la » Vieille Bique », la Vieille Femme Sage, tant de signe m’avaient montré que c’était elle. A vrai dire, en créant mon Oracle, je pensais à elle. C’est donc ce jour que j’ai consacré mon Oracle et ça a été une fantastique expérience, je n’ai pas seulement appris sur mon Oracle mais sur les rituels en général, comment agir, chanter et me laisser doucement incorporer par les Divinités. C’était comme si la Vieille Femme Sage m’offrait Son expérience et Son assurance. Chaque objet fut consacré, dans la fumée de l’encens et sous le nom de la divinité.

Mon Oracle n’était toujours pas entier et j’ajoutais parfois des pièces, selon certaines phases que je passais. Pendant les vacances, j’ai trouvé sur un site magnifique aux Baléares un petit oignon sauvage, tout petit, que j’ai gardé pour le souvenir du lieu. Le soir, je l’ai mis dans la bourse qui contenait mon Oracle et la Crone m’a alors envoyée une vision. Je voyais dans un endroit sombre ses mains, osseuses et ridées, pleines de terre qui jetaient les objets sur le tissu, sa voix fébrile qui chantonnait une mélodie. Il y avait un gros oignon, que de ses ongles griffus elle arracha en deux dans un bruit de draps déchirés et le posa devant elle, au nord. Une offrande. J’ai alors compris la procédure à accomplir pour tirer mon Oracle dans les règles ( certifiée par la Vieille Femme Sage elle-même ^^ ).

Il y a environ cinq jours, j’ai jeté les os et les pierres sur l’étoffe, dans un léger état de transe, en plein après midi dans un cercle parce que quelque chose me taraudait. C’était un tirage intime mais solennel. Il y avait une offrande pour la Vieille Déesse de qui j’ai tant appris ( et quelque chose me dit que c’est loin d’être terminé ), un smudge qui brûlait et une tisane légère d’Armoise et d’Achillée Millefeuille. Ma lecture n’a jamais été aussi claire.