A la ville

Comme les gens le savent, tant je l’ai rabâché, j’ai quitté ma petite campagne bretonne , ma petite ville au centre de la forêt pour la ville. Je vis au cœur de la ville ancienne, entouré de pierres blanches, de vieilles rues tordues, et la Loire coule à une rue de chez moi.
Avant j’étais appelé par la forêt, lorsque je la voyais du haut des collines. Je cueillais des plantes magiques en murmurant des mots doux, j’allais parler aux grands chênes pour qu’ils me transmettent de bons conseils. Je faisais de grosses offrandes. Je tentais de chercher ma place parmi la nature, en écoutant ses magnifiques préceptes.
A présent, les choses ont changé. Le changement d’environnement y a bien sûr grandement participé, mais je pense surtout que c’est une évolution personnelle, la suite de mon cheminement.

Je ne suis plus entouré de nature. En tout cas pas directement. Les contacts avec mes plantes adorées sont appauvris, je suis un peu moins à l’écoute des éléments naturels, ou bien le fait d’être en ville fait que je les ressens moins bien. Je continue de suivre le vent, d’entretenir une relation ambiguë avec la Loire, mais clairement, le fait d’être coupé des champs, de la forêt a été sacrément conséquent. Disons que j’ai le sentiment de ne plus avoir à portée de main pas mal d’alliés précieux. Ils sont toujours là, il n’y a pas de rupture, c’est juste que concrètement, c’est compliqué ( je fais quand même des petites virées forêt de Sologne quand j’ai besoin de respirer avec des amis, et je me sens le bienvenu).

Et malgré tout je ne me sens pas malheureux. J’ai un peu évolué, je me suis débarrassé de pas mal de choses qui désormais ne me servent plus. J’ai compris que l’image du gros rituel plein de bougies et de révérences était surtout un fantasme pour moi. Je ne dis pas que je n’en referais pas, mais à ce jour, je n’en vois pas l’utilité dans ma pratique. J’ai simplifié ma pratique en fait quand j’y pense, et je ne me mets plus de pression par rapport à ça.
De vieux rites restent : le cigare à ma fenêtre le soir pour les esprits de la Nuit, les fumigations, je continue de me tondre les cheveux en offrande à certaines pleines lunes, à laisser un verre d’alcool aux esprits, les claques dans la figure à chaque nouvelle Lune (et Pleine Lune maintenant, pour pas perdre le rythme) …
Et de nouveaux sont arrivés : l’amitié naissante avec les petites araignées vivant dans mes poutres, les promenades nocturnes en bord de Loire, mes petits graffitis de symbole magiques, les samedis matin aux puces (la mine d’or des sorciers, en vrai !) …

Si la ville m’a coupé de mes alliés de la campagne, elle m’a également poussé à creuser ailleurs. Je cherche désormais ma place parmi les hommes. Je suis davantage  intéressé par les autres, les fonctionnements sociaux, les relations humaines, et comment moi je veux me placer dans tout ça. Mon sombre cœur de sorcière se repaît des émotions qui m’entourent (je suis encore plus éponge qu’avant), et mes yeux de crapaud se délectent des moindres détails des échanges verbaux, physiques, émotionnels de mon entourage. Et c’est fascinant. En disant ça j’ai l’impression de découvrir le monde comme un homme sauvage, mais c’est que j’y fais maintenant plus attention, puisque je veux m’y impliquer plus hardement. Toute l’école a pigé que j’étais la sorcière, et j’ai eu le bonheur de découvrir quelques petits sorciérons si chouettes autour de moi !
Alors comme je l’avais tant souhaité autrefois, je mets ma magie au service des autres : je lis pour eux dans l’encre ou les couleurs, je leur prépare des tisanes chargées de magie, j’ensorcelle la bouffe, et je discute sur l’amour et la nourriture, parce que ce sont les deux meilleurs sujets de conversation qui soient.

Mon changement d’environnement a clairement redéfini ma manière de pratiquer et mes intérêts, mais ça s’inscrit dans une évolution personnelle en fait. Je pense sans me tromper que tout ça est arrivé au bon moment, puisque je mène maintenant la vie palpitante dont j’ai rêvé !

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And on wednesday I wear black.

Nuno

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Ces éternels contrastes par Loü
Une sorcière et des moldus par Lyra
Sorcière des Villes, Sorcière des Champs, par Rhi Peann
La maison à l’angle avec trois chats, par Brume Follet
« Ici commence le court bonheur de ma vie », par Yume

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Pharame

cc4455dbd65a168f6e56b01ec7b7e036Portrait of a heart, Christian Schole

 

Je suis un trouillard.

J’ai peur de mal faire, peur d’échouer, peur d’être détesté, de blesser, de ne pas bien réagir, de me faire mal comprendre. J’ai peur d’affronter les choses, du conflit, et de dire non. J’ai même peur de blesser les personnes qui ne mériteraient que des claques.

Et puis j’ai peur de la perte, de l’attachement, du fini comme de l’infini. Des gens dans la rue, qu’on me crève les yeux ou de ne plus pouvoir respirer.
Je suis aussi terrorisé à l’idée de ne pas pouvoir accomplir mes projets et mes rêves. Que mes guides et mes esprits m’abandonnent. De ne plus ressentir, de ne plus me sentir « spécial »

Depuis peu j’ai compris que toutes ces peurs qui m’empêchent d’avancer ne dépendent que de moi pour la plupart. Si je ne peux rien contre la perte, je peux tout pour les autres niaiseries.
La peur de l’échec, ou du refus, m’a énormément freiné dans tout mon parcours, que ce soit dans ma vie profane comme spirituelle. Au point de ne jamais rien tenter par crainte de ne pas y arriver, qu’on me dise non de toute façon, ou ce genre de connerie. Quitte à ne pas pisser pendant  10 heures, quitte à laisser passer de formidables occasions, quitte à ne pas tenter de rituel, en me disant que de toute façon, ça ne marchera pas.
La peur des gens, de demander, du contact, je m’en suis peu à peu défait, et maintenant c’est assez radical.

Ma sœur a eu beau me l’avoir expliqué toute ma jeunesse, c’est avec mes expériences personnelles et mes déclics à mon rythme que j’ai pigé le truc :

Personne ne va t’attendre. Personne ne va te prendre par la main pour oser faire les choses qui te tiennent à cœur. C’est à toi de te lancer, tu te casses la gueule et tu y retournes, parce que personne ne va t’attendre.
(Bon ma sœur c’était plus un truc à la con comme « Soit tu chasses avec les loups, soit tu manges les orties » mais l’idée est là)

Depuis peu de temps je fonce, en fait. J’ai beaucoup pris confiance en moi, et je me sens à ma place. Et c’est le meilleur remède à la peur je pense, qui se meut dans l’instabilité, les failles. J’ai compris que certaines peurs ou douleurs n’étaient que des morsures de fourmis par rapport à d’autres, et ce recul permet de passer au delà des craintes quotidiennes. Et à force d’essayer, souvent ça marche, donc c’est très encourageant.

Regardez donc cette conférence très intéressante de Hans et OlaRosling. Elle n’est pas sur la peur mais sur notre ignorance du monde. Et le monsieur nous y dit que nous avons toujours tendance à exagerer ce qui nous fait peur. Moi ça me parle. clic clic

Je suis un trouillard, mais avoir peur n’empêche pas d’y aller quand même.

{Je sors carrément du cadre de la pratique magique avec cet article un peu carrément brouillon, mais ça fait partie d’une spiritualité, une vision des choses. Et Lou a été assez exhaustive je trouve au sujet de la peur dans la pratique, je n’ai pas grand chose à rajouter. Love. }

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The existential terror of the void, par Touseg
La peur, cette fidèle, par Loü
Et encore un article sur Samhaïn, par Musheart
Je ne fais plus de cauchemars, par Rhi-Peann
Life’s no fun without a good scare, par Lyra
La peur peut aussi être un moteur, par Nemn’
Ce sera au tour de l’obscur d’avoir peur, car tu ne seras plus la proie, tu seras le chasseur, par Lunacide
Ces monstres aux mâchoires d’acier dans des boites si fragiles, par Aranna

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Mélanger mon sang au jus frais des mûres, cracher dans l’eau lustrale. Cogner sur un tambour sourd pour appeler à moi les esprits, dans les lumières rasantes du soir, brûler de la lavande pour les aider à me quitter. Boire du vin et de la liqueur sirupeuse. Chanter à gorge déployée. Pratiquer torse nu, battre le rythme, fumer de l’armoise.

Courir dans les champs. Me coucher dans un lit de Millefeuille, manger les fleurs. Prier l’Ortie, prier Sainte Circé, prier l’Esprit Rouge du Chemin. Brûler du benjoin quand le foyer grince et souffre, de la sève de pin quand on a besoin de force et de chaleur. Douter, prier, se questionner. Etre conscient.

S’immerger dans l’eau de mer, creuser la terre noire à mains nues. Voir les collines bouger comme les vagues. Lire le Kalevala. Boire du Lapsang en racontant des histoires graveleuses. Lire les lignes de la main et embrasser.

Suivre l’instinct et le cœur, être à l’écoute. Aimer, avoir peur, se terrer et flamboyer. Boire encore un peu de thé, laisser une offrande de fromage pour remercier. Apprendre les gens, écouter les personnes agées. Peindre mon corps de symboles, mâcher, gratter. Revenir à Alela Diane, toujours,  parce qu’elle a un pouvoir. Taylor Kirk.

Faire l’amour comme une bête, avoir une fourrure, saliver et saisir. Oser. Etre muet devant la Nuit, la puissante, celle qui chante nos peurs en silence. S’enduire d’un baume collant. Se bénir par l’eau pour mieux voir, mieux sentir, mieux entendre, mieux parler, mieux aimer. Etre là. Se perdre dans les flammes et la contemplation. Pleurer en écoutant les souvenirs des montagnes.

Apaiser les défunts, verser trois gouttes de sang sur un mouchoir pour veiller sur une personne qui m’est chère. Regarder mon miroir, regarder les visions. Tracer des croix à l’eau sacrée sur les portes et les fenêtres. Nourrir les esprits, enfumer les crânes, oindre d’huiles parfumées les talismans. Accrocher des branches de pin au dessus du lit lorsque je suis malade. La sauge pour bénir.

Accepter. Ecouter le vent. Ecouter Alice Cooper. S’ouvrir et toujours apprendre. Continuer d’attirer les araignées. Porter une labradorite.

A suivre.

Suivre la petite voix

Le projet SYLPHE est tout simple : un groupe de bloggeurs païens francophones se retrouve pour donner leur avis et parler de thèmes communs sur leur spiritualité et leur pratiques. Vous trouverez en bas de l’article une liste des posts correspondants des autres bloggeurs qui ont traité ce thème.

C’est moi qui ai lancé le sujet : suivre les signes, les croire ou non, suivre son intuition avant de tirer les cartes. Et j’ai bien du mal à écrire ma réponse.

Le signe :

Un signe est un signe par le fait qu’on le remarque. Un vol d’oiseau, des messages récurrents, un événement particulier … Quelle que soit sa nature, si on ne le voit pas, ce n’est pas un signe. Tout dépend de nous et de notre capacité d’observation. En général, je sais reconnaître un signe quand j’en vois un, grâce à cette petite intuition, ce sentiment étrange (qui apparemment est commun à quelques sorcières) mais surtout parce qu’il tombe à pic. Et c’est souvent là le soucis : soit une force supérieure m’envoie réellement un signe pour me guider dans un choix, soit c’est moi-même qui crée le signe qui me convient et me conforte dans ma décision. Oui, je pense qu’une grande partie des « signes » que nous voyons ont tendance à être de pure création de notre esprit. Mais à vrai dire, je ne pense pas que cela soit si négatif que cela. Créer des signes inconsciemment pour nous conforter dans une décision peut être un sacré coup de pouce pour prendre confiance. Une sorte d’auto-envoûtement en fait.

C’est notre esprit qui les interprète également, et cela mène là aussi à des déviances. Un crapaud mort sur la route peut être un bon présage pour certain, un porte malheur pour d’autres. A chacun son interprétation des signes extérieurs. Mais là encore je pense que l’on a plus de chances de bien interpréter un signe que de se tromper. Pourquoi ? Parce qu’il est malléable en fonction de notre interprétation. Parce que si nous les créons nous-même, c’est de façon à ce que nous comprenions le message. Et si c’est un esprit, un ancêtre, une divinité patronne … qui nous l’envoie, en général il fait en sorte que le message puisse être compris par le destinataire (de mon expérience personnelle). Même si parfois il nous faut un peut de temps pour le piger.
Je me souviens qu’à une époque, je voyais fréquemment un héron que j’associais à mon copain (je le voyais quand il m’accompagnait ou quand je pensais à lui), en disant qu’il était sûrement son totem ou un esprit allié. Mais je me suis rendu compte ensuite qu’il n’y a que moi qui le voyais et le remarquais ce héron. Mon copain lui ne le remarquait pas. En à vrai dire la médecine du héron convenait très bien à ma façon de me comporter avec lui. Voila pourquoi je dis que le signe est personnel (et qu’il est malléable).
Je me souviens également d’un matin, alors que mon balcon est habituellement visité par des moineaux et des mésanges, deux corneilles croassaient lugubrement à ma fenêtre. Ajouté à un sentiment de danger, j’ai ni une ni deux accomplis un rituel de protection. Je vais parler un peu après de l’intuition)

Un truc que je trouve assez chouette aussi, c’est de convenir de signes avec les esprits et entités avec lesquelles on travaille. Un peu comme les sorcières italiennes dévotes d’Aradia qui demandent le sifflement d’un serpent, la lueur d’une luciole et le coassement d’un crapaud pour s’assurer que la déesse a accordé sa faveur. Personnellement j’utilise cet accord avec certains esprits que j’ai plus de mal à ressentir, et si on ne demande pas de voir un alligator dans sa salle de bain, ou de croiser Lady Gaga à Joinville-le-Pont, on a quelques résultats !

Donc pour ce qui est des signes, j’ai tendance à les suivre pour les raisons cités plus haut, ou du moins à les prendre en compte (ah la foi). Il m’est arrivé de prendre des décisions très importantes et assez dures en prenant en compte la Pleine Lune et un papillon apparu dans un certain contexte (et évidemment bien d’autres facteurs hein, mais ça a été le déclencheur).

L’intuition :

L’intuition et les signes sont deux choses bien différentes. Pourquoi les avoir mis dans le même thème, je ne sais pas ! On suit les signes aussi parce que notre intuition nous dit de les suivre.
Depuis tout petit, on nous apprend à réfléchir avec notre cerveau, à faire preuve de logique et de raison pour prendre des décisions, pour agir etc … Du coup l’humain a tendance à ne pas écouter la petite voix en lui qui lui crie de faire ça plutôt que ce que la logique lui dit de faire. Et c’est bien dommage. Je pense que l’homme est gâté de nombreux dons enfouis en lui, et l’intuition en fait partie. Purée mais combien de fois j’ai eu le sentiment qu’il fallait que je fasse telle chose en première impression pour finalement suivre ma raison qui s’est ramenée plus tard, pour me rendre compte que la première option était en fait la bonne. Rhhhaaaa j’enrage quand je ne suis pas mon intuition. J’apprends à l’écouter, mais la suivre est déjà plus difficile.
J’ai quelques acquis maintenant : je devine certaines personnes que je vais croiser dans la journée et que je connais, qui appelle au téléphone, je deviens assez bon au Dixit (un vrai jeu de sorcière) … Ça nécessite de l’exercice mais tout le monde peut le faire je pense. Oui, c’est de l’intuition et c’est formidable. La toute première impression est souvent la bonne.

Alors je ne sais pas si en tant que païen-sorcière on a plus d’intuition que les autres, je ne crois pas (ça fait genre « j’ai des supers pouvoir que toi tu n’as pas pauvre mortel »), mais je remarque que les gens « connectés » ou spirituels lui donnent plus de crédit.

Je comptais parler aussi des certitudes d’avenir (genre « je sais pertinemment que j’aurais trois enfants et que je vais perdre une jambe, me demande pas pourquoi »), mais c’est encore plus brouillon dans ma petite tête donc je ne composerai pas là-dessus maintenant !

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Le Chant du Signe, par Lyra
Allo ? Aaallo !!, par Loü
Des signes et de l’intuition, par Musheart
Des escargots et des signes, par Brume Follet
Signes : quand l’Univers t’envoie un SMS, par Rhi-Peann
Eh, regarde le panneau, par Touseg
Le jeu du pendu : les signes, par Aranna Renard
Ces signes sur le chemin, par Lupa Croque-Chat
Absence de signe n’est pas signe d’absence – hein quoi ? par Elliska
Miroirs déformants, miroirs déformés par Nemn

Mise à jour

Je m’étais beaucoup éloigné de ma pratique magique et animiste ces derniers temps (vous avez du le remarquer vu le délaissement de mon blog), une période de vide et de recherche, pleine de rebondissements qui m’a complètement coupé de ma spiritualité. Mais comme m’a si bien expliqué un ami somathopathe en buvant une bouteille d’eau : Que fait-on quand c’est plein ? On vide, pour laisser place au neuf.

Et avec le recul, je me rends compte que j’ai pas mal évolué, et que cette période vide, a finalement été la plus riche en évènements que j’ai connu (oh, j’ai que 20 ans hein !), tellement que j’ai pensé m’être perdu dedans. BUT I’M BACK BABY ! J’ai appris énormément de choses, je me suis renforcé et je ressors plus riche. J’en parlais avec mon ex l’autre jour, et on se disait que justement ces périodes, ces évènements qui nous heurtent et nous poussent dans nos retranchements, nous font en fait évoluer. A quoi bon stagner ? Tout bouge dans ce monde, tout change, alors il faut savoir bouger avec lui.

Je replonge avec plaisir dans ma pratique, et je la sens tellement plus forte désormais. Je me rends compte que certaines choses que je faisais autrefois ne fonctionnent pas très bien finalement : se forcer à faire des choses que l’on ne ressent pas, utiliser un gros encens en grain pour rendre hommage à des petits animaux défunts (ils aiment pas ça), bâcler la bénédiction des plantes … Je suis mon intuition et les enseignements de mes guides (notamment une guide en particulier ) et je me rends compte que mes croyances, ou du moins mes préférences de culte ont évolué elles aussi. Je suis animiste, mais j’ai désormais plus de mal à être polythéiste. J’ai ressenti les énergies de différentes divinités dans mon parcours, j’ai rendu des rites à certaines, mais je dois avouer que leur approche me questionne. Mes cours d’archéologie ne sont pas anodins à ce questionnement, puisque l’on apprend comment les panthéons d’une civilisation ont pu être intégrés, accueillis et déformés par d’autres civilisations. Beaucoup de modifications, d’assimilations à d’autres divinités, souvent dans des buts politiques. Il était tellement facile dans le monde grec et romain d’instaurer un nouveau culte.

Donc pour ce qui est des dieux, je prends le temps qu’il faut. Les seules divinités envers qui je reste fidèle sont Aphrodite, Isis, Herne et deux trois autres. En revanche, je rends grâce à une foule d’esprits, attachés aux arbres, aux lieux, aux animaux … Je laisse des offrandes aux effrayants esprits de la Nuit, aux fées de la Haie de ronce, je parle régulièrement à un chêne qui m’a donné un peu de sa force pendant ma période sombre, je rends hommage aux esprits défunts et les aide à rejoindre la Grande Mère, je prie beaucoup…

J’ai repris ces derniers jours une activité magique un peu plus poussée, où j’ai confectionné quelques potions et onguents, en bénissant correctement mes plantes, j’ai aidé un petit Merle mort complètement effrayé à accepter sa mort et retourner à la terre. Tout m’a semblé aller de soi, j’étais confiant et respectueux. Trois fois est apparu le Paon du Jour, une bénédiction de ma guide spirituelle qui m’encourage dans mon parcours de sorcier. Et je ne me souvenais pas que les émotions lorsque l’on travaille avec des énergies et les esprits étaient si fortes. Passer du rire aux larmes m’a étonné, et puis je me suis souvenu que c’était pareil avant. Il va falloir que je pense à bien me purifier pour ne pas être trop submergé.

Et quand on s’ouvre à la magie, elle vient cette chipie !

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Le rituel du soir

La Lune est si belle ce soir ! En promenant mon chien tout à l’heure, j’ai aperçu un petit esprit bleu dans la nuit, qui semblait attendre à la fenêtre de ma chambre. Je ne suis pas clairvoyant,  je ne vois pas l’Invisible, mais il arrive que mon œil ou mon esprit soit stimulé par un infime raison, ne serait-ce qu’un souffle de vent dans la pénombre ou près d’une rivière qui chante, et il m’est alors donné d’apercevoir furtivement quelque chose, ou au moins ressentir quelque chose assez fort pour sembler le voir.

Cela m’a rappelé qu’il n’y a encore pas si longtemps que ça, je faisais certains soir une offrande aux troublants et malicieux esprits de la nuit de mon balcon, en leur racontant ma journée, pendant qu’ils dévoraient avidement la fumée d’un encens ou un verre d’alcool. Au crépuscule, je prenais un temps pour moi, je me posais dans ma chambre, j’allumais les bougies à mon autel, un peu de thuya, un peu de bonne musique. C’était un moyen de me recueillir, de me rapprocher quotidiennement du sacré, des esprits qui me guident…

J’ai un jour arrêté de faire ça. Quelques évènements ont fait que je me suis éloigné de tout ça, de la spiritualité, de la magie. Oh elle était toujours là bien sûr, mais vraiment très fragile, complètement ébranlée par pas mal de remise en question. J’ai beaucoup douté dernièrement, de mes croyances, pas vraiment, mais surtout de moi. Retrouver une confiance en soi est un parcours plein d’étapes, cela demande du temps et de la patience, pour pouvoir se retrouver. Aujourd’hui je sens que ma façon de vivre ma spiritualité reviens aux sources. J’ai de nouveau allumé mes bougies, offert un verre de Vodka aux fruits des bois à mes esprits-guide, et placé un quartz doré sur ma vieille clé, pour m’ouvrir sur le chemin de guérison.

J’ai aussi versé un alcool d’hiver pour le petit esprit bleu qui attendais à la fenêtre, en chantant une rune que j’ai l’habitude de chanter aux Phoukas et autres Nuitons, il avait l’air content ! Et moi aussi, c’est bon de retrouver ce petit rituel qui m’était si cher !

Le bol de cendre

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Aujourd’hui, je vais parler d’un bol de terre.

Ma mère l’a fait de ses petites mains quand elle était enfant, maladroitement. Un peu d’émail et dans le four. Mes grands parents l’ont gardé pendant des années dans un placard sombre de la cuisine, jusqu’à ce que je le trouve un jour et en tombe amoureux. Il est irrégulier, cabossé et l’émail a bavé. Mais c’est là tout son charme. La cuisson a figé des couleurs noir, sienne, cendre, gris, l’émail est finement craquelé. Il est brut.

Si ce pot pouvait parler, il pourrait dire que maintes sorcelleries et charmes se sont accomplis dans son creux. C’est le bol de cendre. Celui qui recueille le feu, le charbon ardent, les choses brulées. Je l’ai déjà empli d’infusions et d’eaux bénites, mais lui est fait pour les flammes et les cendres. Il a connu cent smudges de thuya, lavande, armoise et pin. Il a supporté la chaleur des charbons ardents, où ont crépité et fumé mes encens naturels, pour les offrandes, pour la Lune ou le Soleil, pour les divinations lors des nuits sans Lunes et les moments sombres où les os devaient être jetés. Il a recueilli des plantes séchées embrasées lorsque je faisais des expériences et des essais d’encens et de poudres à bruler. Il a contenu des prières écrites sur des papiers ou des feuilles de laurier auquel j’avais mis le feu pour qu’elles parviennent aux Dieux. Des choses magiques ont brulés dans ce bol, des sacs mojos emplis d’herbes, des fils enchantés et des poupées de tissu. Et à mon avis, il en verra beaucoup d’autres. Il chauffera encore !

Il est chargé du souvenir de toutes ces choses alors même que les flammes l’ont purifié. A l’image de la cendre. Voilà pour moi un outil important, un vrai, un fidèle. C’est mon bol de cendre.

Vivre son paganisme

Article en réponse à l’initiative lancée par Morganna Viviane Valiëra sur News et liens païens :

« Bonjour tout le monde, j’aimerais vous proposer un petit quelque chose.
Si vous faisiez un article sur comment vous vivez votre paganisme ? (je ne sais pas si ce mot convient mais j’en ai pas d’autre), partager comment vous le vivez au quotidien, si vous le vivez au grand jour ou si au contraire vous préférez garder ça secret. Qu’en pensez-vous ? »

D’emblée, je dirais, oui, je le vis bien !

Païen est un mot que je n’utilise pas vraiment à la base pour me désigner. Il est venu très tard sur ma route, après perché, sorcier, animiste … C’est un mot trop flou, donc je l’utilise vraiment pour globaliser, et éviter de rentrer dans les détails avec certaines personnes. Mais bref, je ne vais pas jouer sur les mots !

Je n’ai pas eu à sortir du placard pour ça, vis à vis de ma famille. Progressivement, j’ai acheté de plus en plus de livres ésotériques, sur les créatures fantastiques, de bougies … Découvrir que j’étais païen a plus été un renforcement de ce que j’étais déjà, un ado un peu barré et timide, fan de heroic fantasy et de Tim Burton, qui adorait les vieilles choses. Je me suis mis à bruler de l’encens et des plantes (ma mère a cru que je me mettais à la weed), des bougies (ma mère a eu peur que je mette le feu à la maison). Donc c’est venu petit à petit, ma famille proche s’y est habitué. Maintenant ma mère demande parfois des grigris ou des plantes pour dormir. Ma sœur, elle, est une magicienne qui s’ignore, avec un potentiel tellement incroyable que Merlin en serait jaloux. Elle me parle de voyages astraux, de ses animaux guides … Donc dans ma famille proche, tout va très bien, bien que je sente que ma mère s’inquiète parfois pour moi, pas que je sois fou ou quelque chose comme ça, mais que je perde le contrôle de ce que je fais et que je perde trop le sens de la réalité. Elle sait assez bien m’y ramener, sur terre.

Les autres membres de ma famille le savent plus où moins, sans m’avoir posé la question. Ils savent que j’aime les runes, les légendes, les sorcières et la magie, mais ne le prennent pas au sérieux. A vrai dire, cela m’importe peu, qu’on me prenne au sérieux ou pas, que les gens arborent un petit sourire quand je leur dit que je crois en la magie. Je ne leur demande rien. Les autres membres de ma famille me considèrent comme un passionné de phytothérapie un peu fantaisiste, et je pense que ça leur convient, ils ne veulent pas chercher plus loin.

Les amis. Une fois je les ai rassemblés dans la cour du lycée, et je leur ai dit : « Bon voilà, je voulais vous dire que je suis sorcier, enfin païen, genre animiste et tout … » J’étais un peu confus. Ils m’ont regardé et m’ont répondu : « Mais ça on le savait déjà Erwan ». Une de mes meilleurs amis est une athée farouchement bornée, mais nous respectons tous les deux nos croyances (croire en rien, c’est déjà croire en quelque chose !) et au contraire nous nous complétons plutôt bien ! Les autres l’apprennent d’une manière ou d’une autre, on assiste même parfois à des : »Je suis une witch. – Hiiiiii, mais moi aussi !!! »

A une époque, au début, j’étais un païen chiant. Du genre à voir de la magie partout, à toujours essayer de s’imposer par ses croyances, à crier partout que j’étais païen, à toujours tout rapporter à ça. Je me soigne. Et je me tais quand il faut. On vient rarement me poser la question, ou m’en parler. En général, je ne parle de ma spiritualité et de mes véritables recherches qu’avec des amis sorciers et païens, et encore, je ne leur raconte pas tout.

Voilà pour ce qui est du placard à balai. Ensuite, vivre son paganisme, sa spiritualité … au quotidien. Il y a des périodes où je suis très actif, où je fais presque 5 célébrations en une semaine et d’autres où je ne touche pas à mon autel pendant des mois. Ca dépend de moi tout ça, de ma capacité à m’ouvrir, et me fermer quand trop de choses me tombent dessus d’un coup. Ma pratique est hélas celle que je sacrifie en premier quand je n’ai pas le temps. Ca frustre parfois les esprits avec qui je travaille, mais je ne veux pas faire le choix de tout quitter et de finir sorcière du fond de la forêt. Je ne suis pas que ça. Enfin je veux dire, on est tellement de choses en une personne, il y a tant d’identités à faire vivre en soi. Je suis sorcier artiste pédé phytothérapeute perdu selkie fils frère cousin ami archéologue geek historien de l’art sea witch fashion victim baba cool gothique narcisse… Vous m’avez compris. Le païen doit se faire une place, et il s’est fait une place énorme en moi. Il n’y a pas un jour où je n’ai pas conscience de la magie, des esprits qui m’entourent, où je ne rêvasse à des ensorcellements. Mais d’autres tendances sont là, et essayent de ne pas être englouties par ma spiritualité imposante.

Mais finalement, de loin et de l’extérieur, j’ai juste l’air d’un étudiant habillé bizarrement, qui parle fort quand il est avec ses amis, qui devient timide quand un inconnu lui parle, qui bouffe à McDo et qui lit des Oops et des Closer pour se détendre (j’assume un peu). C’est à l’intérieur que ça se passe, et c’est quand je veux que ça sort.

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Lumière et ombre, suite

Voila un peu plus d’un an maintenant que j’apprends  à comprendre, assumer et utiliser l’influence du Soleil. Durant ces mois, je sens que j’ai beaucoup changé, extérieurement comme extérieurement. Je me suis concentré sur cet astre, apprenant avec curiosité comment il agissait sur moi, sur ma façon de me conduire avec les autres. J’ai beaucoup appris, j’ai fais des expériences formidables, j’ai osé faire beaucoup de choses. J’ai appris à ne pas avoir peur des gens, à persévérer (le Soleil a su aiguiser ma volonté émoussée) et à me recentrer, à m’ouvrir, à profiter du moment présent. J’ai appris un formidable rituel solaire grâce à mon guide Paon qui tourne le négatif en positif, j’ai débloqué certaines émotions. Le Soleil a donné un goût d’aventure et de folie à ma petite vie, un certain élan. Un enseignement formidable que m’a offert Papa Sol, car j’en ai également vu les limites et les inconvénients.

J’en ai oublié la Lune, Mama Luna qui toujours a veillé sur moi. Je l’ai un peu négligé, et je sens que son pouvoir, sa magie qui m’est pourtant si indispensable m’a quelque peu abandonné, ou plutôt est-ce moi qui me suis fermé à elle en me concentrant sur l’astre du jour. Et j’ai beaucoup perdu de ce côté-là : l’inspiration, la rêverie, l’imagination, la créativité, des notions qui sont pourtant fondamentales pour moi. Je me surprends même parfois à bouder la sorcellerie, alors que je sens que mon cœur veut y retourner, mais s’emprisonne dans les rais de lumière de l’astre de feu. Et j’ai parfois l’impression d’avoir perdu un peu de profondeur. J’ai expérimenté le trop de lumière et pas assez d’ombre. Et la lumière sans ténèbres est superficielle, vide, fausse. Trop de lumière est un mensonge aux autres et à nous-même, car elle  ne sublime uniquement que les choses que l’on veut montrer, et cela a un vilain goût de faux.

Maintenant que j’ai eu un bel aperçu de la lumière, du Soleil dans ses côtés tellement glorieux et incroyablement forts mais aussi ses travers hypocrites et détestables, l’ombre et la Lune me manquent. J’ai une folle envie de replonger au fond de moi-même, de retrouver ma magie et mes mystère, de mettre les mains dans la boue pour chercher les trésors qui se cachent en moi, chercher dans la boue des autres aussi. J’ai de nouveau envie de frissonner le soir quand je fais une offrande aux esprits de la Nuit, de laisser mon esprit vagabonder dans d’autres mondes, inventés ou inspirés, de raconter des histoires emmitouflé dans une couette …

J’ai besoin de retrouver un équilibre entre Lumière et Ombre, avec l’aide du Soleil et de la Lune et des mes guides. A la nouvelle Lune, je lui rendrais hommage, à ma douce Dame Lune que j’aime tant. Je lui ai concocté un petit encens parfumé et sucré à base de rose, et lui ferai des offrandes et des prières pour renouer doucement avec elle.

L’équilibre, c’est la clé !

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Le Sommeil des Fauves

Le Sommeil des Fauves

Je viens de retrouver ce dessin dans mes fichiers. Il représente une sorte de « vision-voyage-méditation » (difficile à décrire) que j’avais faite il y a un petit moment. Je marchais dans une grotte noire et sombre où tous mes sens étaient aux aguets. Ça sentait fort le fauve, la bête, et on entendait des respirations bruyantes, des ronflements, des râles endormis. Je ne voyais rien et je me guidais avec mes mains sur les parois. Très vite, la pierre sous mes paumes devint fourrure, poils longs, museaux mouillés, toisons épaisses. Je me sentais entouré de fourrures, ma était chatouillée par milles corps de fauves endormis et entassés, ne formant qu’une seule masse, qu’un seul corps. Je me déshabillai (si je n’étais pas déjà nu) et je m’enfonçai avec plaisir parmi ces corps sauvages, pourtant tendres et ensommeillés. Mon corps entier était parcouru de frissons, de chatouilles et bientôt de langueur, la même langueur et volupté qui nous saisit lorsque l’on s’allonge dans un lit après une journée épuisante, et que le sommeil commence à engourdir délicieusement nos membres. Et c’est ainsi que je m’endormis, parmi les fauves ronflants, devenant moi-même une bête endormie, sereine, protégée.