A la ville

Comme les gens le savent, tant je l’ai rabâché, j’ai quitté ma petite campagne bretonne , ma petite ville au centre de la forêt pour la ville. Je vis au cœur de la ville ancienne, entouré de pierres blanches, de vieilles rues tordues, et la Loire coule à une rue de chez moi.
Avant j’étais appelé par la forêt, lorsque je la voyais du haut des collines. Je cueillais des plantes magiques en murmurant des mots doux, j’allais parler aux grands chênes pour qu’ils me transmettent de bons conseils. Je faisais de grosses offrandes. Je tentais de chercher ma place parmi la nature, en écoutant ses magnifiques préceptes.
A présent, les choses ont changé. Le changement d’environnement y a bien sûr grandement participé, mais je pense surtout que c’est une évolution personnelle, la suite de mon cheminement.

Je ne suis plus entouré de nature. En tout cas pas directement. Les contacts avec mes plantes adorées sont appauvris, je suis un peu moins à l’écoute des éléments naturels, ou bien le fait d’être en ville fait que je les ressens moins bien. Je continue de suivre le vent, d’entretenir une relation ambiguë avec la Loire, mais clairement, le fait d’être coupé des champs, de la forêt a été sacrément conséquent. Disons que j’ai le sentiment de ne plus avoir à portée de main pas mal d’alliés précieux. Ils sont toujours là, il n’y a pas de rupture, c’est juste que concrètement, c’est compliqué ( je fais quand même des petites virées forêt de Sologne quand j’ai besoin de respirer avec des amis, et je me sens le bienvenu).

Et malgré tout je ne me sens pas malheureux. J’ai un peu évolué, je me suis débarrassé de pas mal de choses qui désormais ne me servent plus. J’ai compris que l’image du gros rituel plein de bougies et de révérences était surtout un fantasme pour moi. Je ne dis pas que je n’en referais pas, mais à ce jour, je n’en vois pas l’utilité dans ma pratique. J’ai simplifié ma pratique en fait quand j’y pense, et je ne me mets plus de pression par rapport à ça.
De vieux rites restent : le cigare à ma fenêtre le soir pour les esprits de la Nuit, les fumigations, je continue de me tondre les cheveux en offrande à certaines pleines lunes, à laisser un verre d’alcool aux esprits, les claques dans la figure à chaque nouvelle Lune (et Pleine Lune maintenant, pour pas perdre le rythme) …
Et de nouveaux sont arrivés : l’amitié naissante avec les petites araignées vivant dans mes poutres, les promenades nocturnes en bord de Loire, mes petits graffitis de symbole magiques, les samedis matin aux puces (la mine d’or des sorciers, en vrai !) …

Si la ville m’a coupé de mes alliés de la campagne, elle m’a également poussé à creuser ailleurs. Je cherche désormais ma place parmi les hommes. Je suis davantage  intéressé par les autres, les fonctionnements sociaux, les relations humaines, et comment moi je veux me placer dans tout ça. Mon sombre cœur de sorcière se repaît des émotions qui m’entourent (je suis encore plus éponge qu’avant), et mes yeux de crapaud se délectent des moindres détails des échanges verbaux, physiques, émotionnels de mon entourage. Et c’est fascinant. En disant ça j’ai l’impression de découvrir le monde comme un homme sauvage, mais c’est que j’y fais maintenant plus attention, puisque je veux m’y impliquer plus hardement. Toute l’école a pigé que j’étais la sorcière, et j’ai eu le bonheur de découvrir quelques petits sorciérons si chouettes autour de moi !
Alors comme je l’avais tant souhaité autrefois, je mets ma magie au service des autres : je lis pour eux dans l’encre ou les couleurs, je leur prépare des tisanes chargées de magie, j’ensorcelle la bouffe, et je discute sur l’amour et la nourriture, parce que ce sont les deux meilleurs sujets de conversation qui soient.

Mon changement d’environnement a clairement redéfini ma manière de pratiquer et mes intérêts, mais ça s’inscrit dans une évolution personnelle en fait. Je pense sans me tromper que tout ça est arrivé au bon moment, puisque je mène maintenant la vie palpitante dont j’ai rêvé !

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And on wednesday I wear black.

Nuno

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Ces éternels contrastes par Loü
Une sorcière et des moldus par Lyra
Sorcière des Villes, Sorcière des Champs, par Rhi Peann
La maison à l’angle avec trois chats, par Brume Follet
« Ici commence le court bonheur de ma vie », par Yume

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5 réflexions sur “A la ville

  1. Contente de te lire…j’ai jamais trop aimé la ville, mais les vieilles villes et vieux quartiers ont quand même un charme qui ne me laissent pas insensibles.

    Tout s’imbrique, tout change, et ça semble te convenir!

    Oui les puces…c’est une addiction chez moi le marché du vintage, de l’occasion, (LBC est mon site de fringues préféré) ..;j’ai épuisé les vide grenier du coin.

  2. Pingback: La maison à l’angle avec trois chats :) | L'Ile aux Feuilles

  3. Pingback: [SYLPHE] Bercée par l’A86… | Et la Renarde était une Sorcière

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